Résumé de la conférence du 15 juin 2013

Comprendre la crise économique actuelle du capitalisme pour définir une stratégie politique

par Michel Zerbato (économiste, U. de Bordeaux)

Depuis le krach de 2008, les politiques anti-crise ont semblé naviguer à vue : on a d’abord considéré que c’était une crise financière, à traiter à part de l’économie réelle, qu’il fallait cependant libérer. D’un côté, donc, haro sur les paradis fiscaux, la cupidité des financiers, etc., et de l’autre, loi TEPA et RGPP, c’est-à-dire baisse des prélèvements obligatoires et des dépenses publiques.

Les paradis fiscaux sont toujours présents et la finance toujours profitable, tandis que la crise de la dette souveraine est advenue. Il a donc fallu augmenter les impôts, mais l’aggravation des politiques d’austérité pèse sur le pouvoir d’achat et concourt à la généralisation de la récession.

La montée des déséquilibres, chômage et déficits publics, suscite des appels à une autre politique. Tandis qu’après avoir espéré pouvoir faire adopter une autre voie à l’Europe, le nouveau gouvernement entérine l’ANI et salue l’action de G. Schröder, semblant ainsi prendre acte de la situation et se résoudre aux réformes structurelles depuis longtemps évoquées mais toujours plus ou moins éludées. Ainsi, après les années de casse du salaire socialisé (services publics, sécurité sociale), viendrait l’heure des réformes structurelles, c’est-à-dire de la casse du salaire direct.

N’y aurait-il donc pas d’alternative au néo-libéralisme, comme le prétendait M. Thatcher, ou peut-on en fonder une sur une autre analyse de la crise, comme le tentent de nombreux appels pour une autre politique : Attac, Atterrés, Copernic, etc. ? Le fond théorique et doctrinal commun à ces propositions est le keynésianisme, qui aurait sorti le capitalisme de la crise des années 30 et si bien géré les 30 glorieuses.

Le keynésianisme a construit les outils monétaire et budgétaire de l’intervention de l’État. Il suppose la souveraineté nationale et la capacité de l’appareil productif à répondre à la demande générée par une distribution supplémentaire de revenu. C’était le cas pendant les trente glorieuses, parce que les gains de productivité permettaient à la fois la hausse des salaires et le remboursement de la dette publique. La crise du profit des années 70, qui a abouti à la crise de 2007, a mis à bas cette belle construction et disqualifié le keynésianisme. Aujourd’hui, deux voies sont proposées pour le requalifier : une voie européiste, selon laquelle nul salut hors de l’UE, dont il suffit de redéfinir la gouvernance pour plus de solidarité, vers une UE fédérale et sociale ; une voie souverainiste, au sens où seule la restauration de la nation comme centre de pouvoir permettra une sortie de crise par le haut, via une Europe des nations.

Ces deux voies sont autant d’impasses, car toutes deux reposent sur le déni de la vraie nature de la crise actuelle du capitalisme, crise tout à fait comparable à celles des années 30, contre laquelle, contrairement au mythe, le New Deal de Roosevelt ne fut en rien keynésianiste et échoua totalement. Le keynésianisme n’est pas praticable dans une UE construite depuis Maastricht pour le neutraliser, en dissolvant les pouvoirs nationaux ; il ne l’est pas davantage dans des nations d’Europe que la crise réelle qu’elles vivent rend impuissantes dans le jeu de la mondialisation et qui auraient donc tort de placer leurs espoirs dans la sortie à froid de l’euro que proposent J. Sapir, le MPEP et quelques autres. Une fédération européenne sera donc bien nécessaire, pour gérer l’inéluctable sortie à chaud de l’après-implosion, mais pas une fédération de nations, qui ne saurait être une unité politique souveraine maîtresse de son destin, comme pourrait l’être une fédération d’États, c’est-à-dire des États-Unis d’Europe. Reste à définir la voie à suivre.

 

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