Laïcité

Lire « Laïcité : plus de liberté pour tous ! », de Bernard Teper

On ne trouvera pas dans ce livre1 l’exposé dogmatique de ce qu’est la laïcité et de ce qu’elle n’est pas. Ni des propos lénifiants sur une laïcité diluée dans de bons sentiments. Moins encore des jérémiades sur la fin de la laïcité de naguère. Ni même une prétendue vision inédite de la laïcité… Alors ? Laïcité : plus de liberté pour tous ! est d’abord l’ouvrage d’un militant de gauche, membre du comité de rédaction du journal en ligne ReSpublica, et d’un militant efficace de la laïcité qui a œuvré dès 1989 pour ce qui deviendra la loi scolaire du 15 mars 2004.Mais ce livre de combats et de débats, se singularise d’abord par la façon dont les idées y sont exposées. Tout le livre semble porter la trace des discussions et des conférences que notre ami Bernard Teper mène inlassablement depuis longtemps. Les arguments font penser à des réponses qu’il a pu apporter à ses interlocuteurs et à des clarifications qu’il a proposées pour ne pas s’embrouiller ou se faire piéger. Dans la crise systémique que nous traversons, ce livre témoigne d’une volonté obstinée d’armer intellectuellement ceux qui se demandent comment agir pour que le mouvement émancipateur reprenne vigueur.

L’ouvrage se singularise aussi par une thèse soutenue avec force : la laïcité qui est un principe d’organisation politique, est également un principe d’organisation sociale. La laïcité est faible et incomplète si elle se réduit à émanciper l’autorité politique de la tutelle religieuse tout en garantissant la liberté de croire et de ne pas croire. Sa visée populaire d’union dans un monde commun, quelle que soit l’origine de chacun, a besoin d’institutions sociales qui la concrétisent : un service public solide, une école républicaine préservée, une protection sociale solidaire, des structures de santé sans but lucratif…
Cette thèse qui traverse tout l’ouvrage est d’une grande efficacité pour démasquer l’alliance qui se noue aujourd’hui entre le communautarisme religieux et une politique néo-libérale qui privatise les services publics, harmonise les systèmes de protection sociale par le bas, privatise les gains et fait peser les pertes sur la collectivité. Les religions politiques qui s’emparent du pouvoir d’État sont le résultat sinistre des religions sociales à qui le politique a sous-traité la solidarité, la protection et l’éducation. Par là s’expliquent aussi les difficultés des révolutions arabes et les impasses dans lesquelles s’enferme une gauche aveuglée par les charlatans du communautarisme qui ne porte aucun tort au capital. Du coup, l’histoire de la laïcité ne ressemble pas avec Teper à un long fleuve tranquille mais à des luttes opiniâtres et complexes. Car les combats laïques n’ont jamais été menés en dehors des autres combats politiques, sociaux et culturels. La laïcité perd du terrain dans les phases historiques régressives et gagne en puissance lors des percées démocratiques, comme, par exemple, au cœur du XXe siècle français, pendant le régime de Vichy puis avec le programme du Conseil national de la Résistance. Ce mode de lecture de l’histoire de la laïcité permet également de comprendre qu’un processus de sécularisation, généralement favorable à la laïcité, s’accompagne aujourd’hui d’une montée de l’intégrisme religieux qui défie frontalement la laïcité. Car le néo-libéralisme qui livre les peuples à la précarité extrême laisse le champ libre aux violences et à l’irrationalité des fondamentalismes religieux. On trouve des pages particulièrement éclairantes (pp. 35-38) sur les sources historiques de cette collusion contemporaine du néo-libéralisme mondialisé et des intégrismes religieux, où l’on observe la concomitance à la fin des années 1970 de régressions socio-politiques et d’avancées intégristes (Opus Dei, Frères musulmans, orthodoxes israéliens, etc.).
Cette mise en situation matérialiste et historique du combat laïque ne conduit heureusement pas Bernard Teper à diminuer l’importance du combat laïque ni sa valeur rationaliste et internationaliste. « Le référentiel laïcité, conclut-il,est indispensable pour toute avancée émancipatrice », vers plus de liberté, plus d’égalité et plus de solidarité. Les enjeux de la laïcité sont ceux de notre siècle. Et, comme le souligne Teper, Taslima Nasreen a vu juste en traduisant en anglais le mot « laïcité » par laicity plutôt que par secularism. Tandis que la sécularisation définit un phénomène sociologique objectif, l’effacement du religieux dans la vie sociale, la laïcité exprime une idée émancipatrice, à transcrire dans le droit.

Contact éditeur et commandes :
Éric Jamet – Les Hautes Beaumeries – 72700 Étival-lès-le-Mans
ericjamet@aol.com – 06 87 71 01 74

  1. Penser et agir – Éric Jamet éditeur, 5€ [↩]

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Interview de Soad Baba-Aïssa dans le Soir d’Algérie, « la mosquée est l’annexe des partis islamistes »

Nous reprenons ici l’entretien donné par Soad Baba Aïssa au Soir d’Algérie, et où elle revient sur les « printemps arabes » de 2011 et la situation de la démocratie en Algérie.

Nous avons demandé à Soad Baba-Aïssa de préciser certains points de cette déclaration. Pourquoi elle ? Parce qu’elle en est l’auteur avec d’autres camarades, et qu’elle s’est toujours positionnée, ici en France où elle vit, mais en Algérie aussi, comme une militante active des droits des femmes. Syndicaliste et militante féministe laïque, elle allie le combat social et le combat sociétal car, convaincue, dit-elle, que «les valeurs d’égalité des droits, d’universalité des droits fondamentaux des femmes, de citoyenneté et de laïcité sont primordiales».
Avec ses amies féministes, elle a créé, en Algérie, l’Association nationale pour la promotion de la laïcité en Algérie (ANPLA) dont elle est la porte-parole au sein de l’immigration. Elle a fortement pris part à la campagne 20 ans barakat (20 ans, ça suffit !) pour l’abrogation du code de la famille algérien. Soad Baba-Aïssa milite aussi au sein de l’association Femmes Solidaires et a intégré aussi le réseau Initiative féministe européenne (IFE) où elle est l’une des référentes laïcité.

Propos recueillis par Khadîdja Baba-Ahmed

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Sur le « droit au blasphème », un entretien avec Henri Pena-Ruiz

L’évocation du terme de «  blasphème » engendrant actes ou manifestations déplorables, il est sans doute utile d’effectuer les distinctions nécessaires. La retranscription d’une partie de l’interview effectuée par des journalistes de France Culture (lors de l’émission « les retours du dimanche » le 6 novembre 2011) auprès d’Henri Pena-Ruiz peut y aider. (Transcription effectuée par Monique Cabotte-Carillon)

 

Comment comprendre aujourd’hui la résurgence du mot blasphème ?

 Le blasphème a toujours existé, le blasphème en tant que manquement à la règle morale qu’une religion dicte pour ses adeptes. Mais cette définition stipule clairement que c’est pour ces adeptes qu’il y a blasphème. Bayle , qui était croyant, disait : «  il n’y a de blasphème qu’au regard de la divinité que je révère, si je suis croyant ». Pour tous les autres, qui ne reconnaissent pas cette divinité, le blasphème ne saurait être un délit. Aujourd’hui, ce qui pose problème, ce n’est pas une nouvelle apparition du blasphème, c’est l’apparition de la volonté de transformer le blasphème qui n’existe que pour les croyants d’une religion déterminée en un délit public. Autrement dit, le croyant a tout à fait le droit de considérer que le blasphème existe pour lui et qu’il est une faute morale. En revanche, il n’a pas le droit, à partir de cette considération qui lui est personnelle et particulière, d’ériger une règle publique et de s’ériger lui-même en juge de ce qui serait une faute au sens universel.

 

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La laïcité face aux libertés religieuses

par Charles Arambourou

Un essai rigoureux de définition de la laïcité fondé principalement sur l’examen du droit : voilà un outil précieux proposé par Charles Arambourou. On s’y débarrasse de quelques préjugés dont les deux suivants, qui sont particulièrement tenaces. L’un est récent : c’est l’idée que la législation et la jurisprudence européennes seraient entièrement contraires à la laïcité. L’autre, de longue durée, entraîne encore aujourd’hui beaucoup de confusions y compris chez de nombreux militants laïques : c’est l’usage inconsidéré de la distinction « privé / public », sans fondement juridique.
Voilà 105 ans que s’applique la loi de séparation des églises et de l’Etat. Or c’est une question bien vivante que je souhaite aborder  : quels sont au juste les rapports entre laïcité et libertés religieuses ?

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